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La Convention européenne des Droits de l'Homme peut-elle être bradée ? | 05 septembre 2010

Il va de soi que je relaie volontiers le texte que voici, dont j'approuve tout à fait le contenu, et que m'a transmis Michel-Aldo Mungo, et ce d'autant plus qu'il constitue un dernier hommage à Daniel Ducarme, dont le fils Denis est, pour moi, un homme exemplaire :

*

Je vous prie de trouver ci-après un texte sous signature collective proposée en Carte blanche aux quotidiens Le Soir et La Libre et que l'actualité politique actuelle empêchent de publier. Le décès ce week-end du premier signataire, mon vieil ami Daniel Ducarme, ne permet pas d'attendre une hypothétique parution par la presse. Merci donc de diffuser largement ce texte auquel Daniel Ducarme était particulièrement attaché.

Aldo-Michel Mungo

*

La Convention européenne des Droits de l'Homme peut-elle être bradée ?

Texte collectif sous la signature de : Daniel Ducarme, Ministre d'Etat, Anne-Marie Lizin, ancienne présidente du Sénat, Patrick Moriau, Député-Bourgmestre PS, Claude Eerdekens, Député-Bourgmestre PS, Fatoumata Sidibe, Députée régionale FDF, Jacques Lemaire, professeur à l'ULB, Corentin la Salle, professeur de philosophie, Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l'ULB, Paul Damblon, journaliste, Chemsi Cheref-khan, humaniste musulman, Luc Pire, Michel Graindorge, avocat, Marcel Cools, avocat, Philippe Chansay-Wilmotte, avocat, Claude Demelenne, journaliste, Aldo-Michel Mungo, Éditeur

Le 25 mars dernier, le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU a adopté un projet de protocole international présenté par les pays membres de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Cette organisation, qui a son siège en Arabie saoudite, réunit 57 pays musulmans dont la Turquie, un membre du Conseil de l'Europe. Ce nouveau protocole international tend à criminaliser la diffamation des religions et à censurer toute information susceptible de desservir l'islam. L'Union européenne a pris position contre ces velléités liberticides ainsi que, plus fermement, les États-Unis. La récente résolution 1743 du 23 juin 2010 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe consacre également ce concept dans le vocabulaire de cette organisation internationale.

La diffamation des religions est une aberration consistant à confondre objet et sujet de droit. Ainsi, la religion est désormais assimilée à un être juridique. Diffamer implique une atteinte portée à l'honneur. Or, une chose n'a pas d'état d'âme: ni honneur, ni déshonneur. En réalité, la diffamation des religions n'est qu'un mécanisme de censure instauré sous prétexte de prescrit divin.

Cette revendication n'est pas neuve. La résolution du Conseil des Droits de l'Homme n'est pas surgie de nulle part. C'est lors de la conférence de Durban I, en septembre 2001, que ce processus a débuté, dans le cadre des Nations Unies. Depuis près de dix ans, au nom du dialogue, les chancelleries occidentales vont de reculades en reculades. Au-delà du discours, le fait est que les Occidentaux n'ont qu'une stratégie défensive, voire pas de stratégie du tout.

Au Conseil des Droits de l'Homme, la France a exprimé la position de l'Union européenne en déclarant que cette dernière «reconnaît l'existence de préoccupations légitimes» et se disant «clairement disposée à s'engager dans un dialogue constructif avec l'Organisation de la Conférence islamique». L'Union européenne a donc assorti son timide refus d'un appel au dialogue, alors que les faits ont démontré que ce dialogue est illusoire, quand on se place systématiquement sur le terrain de l'adversaire. Naturellement, mieux vaut la paix que la guerre et la concorde plutôt que la discorde, mais les évidences in abstracto impliquent-elles un aveuglement face aux évidences in concreto ? Il n'est pas judicieux de présenter sempiternellement un profil bas alors que les revendications outrancières n'évoluent qu'en s'amplifiant.

Une ferme, et rapide, reprise en main s'impose afin d'inverser ce processus pernicieux. Si le délit de diffamation des religions aboutissait, les États occidentaux auraient ipso facto l'obligation d'adapter leurs législations. Cela paraissait invraisemblable, voici quelques années, c'est devenu une réalité possible aujourd'hui. La carence de volonté politique a ouvert un boulevard aux exigences les plus folles.

N'ayant pas rencontré de véritable opposition, les États musulmans ont pu tisser un réseau de soutien. Leurs prétentions liberticides dépassent largement le concept, lui-même hautement discutable, de diffamation des religions. En substance, il s'agit, d'une part, d'obtenir la censure de toute information les desservant, y compris en matière de terrorisme. Il en découlera que les terroristes pourront invoquer l'islam pour justifier leurs actes tandis qu'il serait interdit de prendre des mesures contre-terroristes tirant les conséquences de cette orientation idéologique. D'autre part, le protocole international envisagé qualifie les populations établies dans les pays occidentaux non pas par leurs nationalités actuelles mais sur base de leurs origines ethniques: «descendants d'Africains», «descendants d'Arabes», etc. Ils sont, de ce fait, ipso facto rattachés définitivement aux Etats d'origine, au mépris de leur citoyenneté au sein des États hôtes de l'immigration ; même s'ils sont de la génération qui y est née.

Il va sans dire que l'on n'évoque nulle part le respect à reconnaître, où que ce soit dans le monde, aux «descendants d'Européens», aux «descendants d'Américains» ou aux «descendants d'Australiens». Les États occidentaux y voient leur fonction réduite à celle de structures d'octrois de services, à leur charge évidemment, pour favoriser la pratique de la religion. Parallèlement, ce que les États de la Conférence islamique visent à établir, c'est que la fonction de juger les situations soit dévolue au Comité pour l'Élimination de la Discrimination raciale; avec comme corolaire, que toute opposition à l'islam serait constitutive de racisme. Les États récalcitrants y seront alors attraits et condamnés.

Il en va des exigences outrancières des États musulmans comme des prétentions analogues émanant des communautés musulmanes en Europe. Considérant le monde sous le prisme de La Mecque, les manœuvres traduisent la volonté de substituer d'autres valeurs à celles qui sont établies en Occident, en partant du principe que celles des bédouins du VIIème siècle constituent une référence cardinale. Les droits de l'Homme sont invoqués à tort et à travers, à l'appui des revendications des activistes. D'autres obscurantismes, chrétiens notamment, commencent à leur emboiter le pas, aux États-Unis notamment.

C'est oublier que la Convention européenne des droits de l'Homme prohibe clairement les accommodements à leur égard. Son article 17 précise expressément qu'«aucune disposition ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits ou libertés reconnus dans la présente Convention ou à des limitations plus amples de ces droits et libertés que celles prévues à ladite Convention». Autrement dit, pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Si les représentants des États occidentaux persistent dans leur attitude actuelle, le processus en cours aboutira à la disqualification de la Convention européenne des droits de l'Homme. Et ce en raison de la place qu'occupera, dans la hiérarchie des normes, la convention internationale initiée, le 25 mars 2010, par le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU à l'instigation des États islamiques. Chacune des dispositions de la Convention européenne des droits de l'Homme ne pourra plus être invoquée qu'à la condition sine qua non qu'elle ne soit pas contredite par un prescrit religieux.

Il nous appartient d'affirmer les valeurs qui fondent la démocratie, de les faire respecter, et d'être intraitables avec ceux qui escomptent les brader sous prétexte d'accommodements dits raisonnables. Les Européens ne sont pas les seuls en butte à ce courant obscurantiste: les laïques qui tentent d'émerger dans les États dits islamiques sont souvent décontenancés devant la passivité occidentale qui découle du politiquement correct, cet ersatz médiocre de l'esprit de tolérance. En Europe, c'est l'islam qui est en première ligne, mais toute concession à ses obscurantistes ouvre la voie à d'autres fondamentalistes.

La démocratie est fondée sur un contrat social qui est le fruit de l'Histoire.

Celui-ci n'est ni à négocier ni à brader.

Publié par tonnelier à 15:25:01 dans Georges-Pierre Tonnelier | Commentaires (0) |

Mon « crime »: je dénonce l’islamisme en Belgique | 05 septembre 2010

En Belgique, écrire sur l’islamisme n’est pas une activité anodine. Les menaces et les intimidations sont fréquentes. On en parle peu. J’ai choisi de ne plus me taire.  Une opinion de Claude Demelenne, journaliste

Dans notre pays, aujourd’hui, dénoncer l’islamisme a un prix. Insultes, intimidations et menaces, sont incessantes. Chacun réagit à sa façon face à ces campagnes de harcèlement visant ceux qui rédigent des articles ou des livres critiques, non pas sur l’islam, mais sur ses fractions extrémistes. Souvent, les victimes de ces procédés traumatisants n’en parlent pas. Pour ma part, j’ai décidé de briser la loi du silence.

En écrivant ces lignes, je ne veux pas jouer au martyr. Les vrais héros, ce sont les femmes musulmanes, ou de culture musulmane, qui combattent les intégristes. Et qui, comme Karima, auteur du livre « Insoumise et dévoilée », doivent parfois vivre – en Belgique ! – sous protection policière.

Mon histoire est beaucoup moins dramatique. Elle me semble pourtant révélatrice d’un climat malsain qui, insensiblement, s’installe chez nous.

Pendant longtemps, l’islamisme n’a pas fait partie du champ de ma réflexion. En une vingtaine d’années, j’ai rédigé des centaines d’articles et publié huit livres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit une seule ligne sur le sujet.

En 2009, j’ai réalisé plusieurs enquêtes sur les activités, notamment à Bruxelles, d’une petite minorité d’activistes d’un islam pas vraiment modéré, alliés à quelques islamo-gauchistes. J’entends par « islamo-gauchistes », des militants de la gauche radicale, persuadés que communistes et islamistes doivent s’allier pour combattre leur bête noire, « l’impérialisme américain ».

J’ai publié une série d’articles, à ce propos, dans le Journal du Mardi, et plusieurs cartes blanches, dans la Libre Belgique et le Soir. J’ai souligné des connexions douteuses avec la mouvance Dieudonné (« humoriste » anti-juif), des admirateurs de l’Iran d’Ahmadinejad, et quelques staliniens non-repentis. J’ai expliqué qu’il ne fallait pas banaliser ces foyers d’extrémisme, aujourd’hui limités, mais très prosélytes.

Un certain discours politiquement correct nuit au vivre ensemble en niant l’émergence d’un fondamentalisme musulman, dans certains quartiers. Enrayer la progression de ce fondamentalisme est la meilleure façon d’être aux côtés de nos concitoyens d’origine arabo-musulmane dont l’aspiration est double. D’une part, vivre sereinement leur foi. Et, d’autre part, ne pas être assimilés aux excès d’une minorité de radicaux dont les excès stigmatisent parfois, à tort, l’ensemble d’une communauté.

Etiqueté journaliste « de gauche », mon image a changé du jour au lendemain, auprès d’une partie de l’intelligentsia bien-pensante. Un seul article sur ce thème a suffi à me faire basculer dans le camp du Mal. Aux yeux de certains, je suis devenu suspect. Je critiquais « l’islam », la religion des pauvres, des exclus, des damnés de la terre. Je trahissais le camp du Bien, celui des progressistes, des pro-palestiniens, des antisionistes.

Vision simpliste, bien sûr. Je n’ai jamais dénoncé « l’islam « . L’islam ne doit pas être confondu avec l’islamisme. De même, le juste combat pour un Etat palestinien n’implique pas la diabolisation d’Israël. La lutte, toujours à approfondir, contre le racisme et les discriminations – à l’embauche, au logement – ne justifie pas la victimisation de tous les musulmans, y compris ceux qui rejettent nos valeurs démocratiques, l’égalité hommes-femmes, la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Après chaque article mettant en garde contre une poussée d’un islam peu tolérant, j’ai eu droit à des attaques courageusement anonymes sur Internet. Ma photo a commencé à circuler sur Facebook, affublée de qualificatifs de plus en plus orduriers : « raciste », « facho », « renégat », « petit blanc haineux », « dégueuli humain » (sic), etc. Un docte universitaire a même proposé, lors d’une discussion sur Facebook, dont j’ai eu connaissance par hasard, d’organiser une manifestation…en burqa, pour me faire taire.

Dans un autre registre, certains amis de gauche ont pris leurs distances. Les plus modérés m’expliquaient que ceux qui, comme moi, mettent en exergue certaine dérives d’une minorité de « fous d’Allah », n’ont pas tort, mais que « ce n’est pas le moment ». « Tu comprends, me dira l’un d’eux, la priorité, c’est de combattre les sionistes, l’Etat fasciste d’Israël ».

Certains sympathisants de la gauche de la gauche ont coupé les ponts avec moi, changeant de trottoir quand ils me croisaient. J’ai été exclu du « blog de débats » d’un ancien collègue journaliste, me reprochant mes prises de position « nauséabondes » (sic). Les insultes ont redoublé lorsque j’ai publié, en octobre dernier, le livre « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac ». J’ai commis « le crime de trop » : cosigner ce livre avec un libéral, Alain Destexhe.

L’exaltation de certains a été crescendo. Je suis devenu la caricature de l’apostat. J’avais osé franchir la ligne rouge (sans jeu de mots !), brouiller le clivage gauche-droite. Dans un débat à Controverses (RTL-TVi), Philippe Moureaux m’a traité de « collaborateur de l’extrême droite ». Dans les coulisses de l’émission, il a qualifié notre livre de « nouveau fascisme ».

Dès cet instant, la machine à fasciser, nazifier, lepéniser, a tourné à plein régime. En privé, j’ai reçu le soutien de nombreux amis socialistes. Rares sont ceux qui m’ont soutenu en public. Certains anti-calotins primaires, habitués à « bouffer un curé tous les matins », sont beaucoup moins pétaradants quand il s’agit de mettre sur le grill l’une ou l’autre mosquée ou imam ultra-conservateur.

Un samedi matin, j’ai découvert, non sans un frisson dans le dos, un montage vidéo, posté sur le Net, me déguisant en Degrelle et me faisant défiler sous les drapeaux du IIIe Reich, au rythme des chants nazis. Le commentaire atteignait des sommets dans le sordide et la diffamation, n’hésitant pas à insulter ma famille. Cette seule fois, j’ai décidé de porter plainte. L’auteur de ce montage – il m’a semblé l’avoir identifié – ne m’en a pas laissé le temps : le dimanche à midi, la vidéo avait disparu du Net, avant que j’aie pu l’enregistrer. Selon mes informations, des amis du cinéaste imprécateur lui ont expliqué qu’il s’exposait à des poursuites, s’il prolongeait la durée d’exposition de son œuvre.

J’utilise l’ironie. J’essaie de rester serein. Ce n’est pas toujours simple. Je suis abasourdi par le deux poids, deux mesures pratiqué par certains petits cercles de gauche : impitoyables – et c’est indispensable – pour contrer l’extrême droite classique. Mais très complaisants vis-à-vis de l’extrême droite islamiste.

Dans mes écrits, j’ai cité de nombreux faits précis illustrant cet activisme, pas plus sympathique que celui du Vlaams Belang et du Front National. Je n’ai jamais été démenti. Cela n’empêche pas certains « camarades » de gauche de faire l’autruche. Un islam radical ? Circulez, il n’y a rien à voir. Celui qui l’évoque ne peut appartenir qu’à « l’ultra-droite islamophobe ».

Je pourrais évoquer les campagnes de mails plus ou moins calomnieux, les messages qui me parviennent, m’annonçant que des « enquêtes » sont menées à mon sujet (Par qui ? Pourquoi ?). Les mises en garde d’émissaires plus ou moins bien intentionnés : « Tu devrais changer de sujet. Arrête de jouer au laïcard de service » .

Je pourrais évoquer l’absurdité de toute cette propagande qui tourne en boucle. Je ne suis pas un croisé anti-islam, je ne suis pas athée, je ne suis même pas un militant laïque. Et je me positionne toujours à gauche. Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi écrire sur l’islamisme, même en Belgique, est-elle une activité à risques ?

Article paru dans « La Libre Belgique » de ce 3 septembre 2010

Publié par tonnelier à 15:23:51 dans Georges-Pierre Tonnelier | Commentaires (0) |

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Publié par tonnelier à 15:22:39 dans Georges-Pierre Tonnelier | Commentaires (0) |

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